Développer ses produits à côté d'une mission freelance
Comment je gère mon temps entre missions client et produits perso. Organisation concrète, batching et gestion de l'énergie d'un développeur freelance.
Mission freelance fulltime + produits perso le soir et le week-end. La clé : batching par blocs dédiés et accepter que certains jours, un seul projet avance.
Depuis mi-2023 et la création de Jungle Labs, je jongle entre une mission freelance fulltime et mes produits perso — Inner Gallery, Coachy. Le freelance paie les factures. Les produits, développés sur mon temps libre, représentent mon avenir.
La réalité du freelance + produits
Tu as probablement déjà lu des articles qui te promettent de "construire ton empire pendant tes week-ends". La vérité est plus nuancée. Quand tu passes 40-50h par semaine sur une mission client, il reste peu d'énergie créative pour tes projets perso.
J'ai testé plusieurs approches :
- Lever à 5h pour coder avant la mission (tenu 2 semaines)
- Coding sessions jusqu'à minuit (burnout garanti)
- Week-ends dédiés aux produits (épuisement social)
Le breakthrough est venu quand j'ai arrêté de chercher des créneaux rigides et que j'ai commencé à optimiser selon mon énergie disponible.
Mon système d'organisation actuel
Le batching par contexte
Au lieu de switcher entre mission et produits dans la même journée, je groupe les activités similaires. Exemples concrets :
Journées "mission" : Focus 100% sur le client. Pas de notifications perso, pas de "juste 5 minutes" sur Inner Gallery. Cette concentration me permet de livrer rapidement et de garder de l'énergie pour plus tard.
Blocs "produits" : Généralement les matins où je suis le plus créatif, ou des après-midis complets quand la mission le permet. Je coupe Slack, Teams, et je me concentre sur une seule feature à la fois.
Admin/marketing : Le vendredi après-midi ou le dimanche. Répondre aux emails, mettre à jour le site, analyser les métriques. Pas de code, juste du business.
La flexibilité avant tout
Contrairement aux conseils classiques, je n'ai pas de planning rigide "lundi mission, mardi produits". Pourquoi ? Parce que l'énergie créative ne se programme pas.
Certains matins je me réveille avec une idée claire pour Inner Gallery. D'autres fois c'est après une réunion client frustrante que j'ai envie de me défouler sur du code perso. J'ai appris à suivre ces signaux.
Gestion de l'énergie : la clé oubliée
Les ressources ne se limitent pas au temps. Il y a trois types d'énergie à gérer :
Énergie créative : Pour l'architecture, le design, les nouvelles features. Elle est plus forte le matin, s'épuise avec les réunions et les tâches répétitives.
Énergie d'exécution : Pour coder des choses déjà définies, corriger des bugs, implémenter. Disponible même en fin de journée.
Énergie sociale : Pour les calls clients, les négociations, le networking. Limitée et précieuse.
Ma règle : j'utilise l'énergie créative pour mes produits, et je garde l'énergie d'exécution pour la mission client quand c'est possible.
Outils et techniques concrètes
Obsidian comme cerveau externe
J'utilise Obsidian avec deux vaults : un pour la technique, un pour la stratégie business. Chaque idée, bug, ou insight est capturé immédiatement. Ça évite de perdre des idées quand je suis en mode "mission".
Git comme timeline
Mes produits sont tous en mono-repo avec des commits descriptifs. Ça me permet de reprendre rapidement où j'en étais, même après une semaine sans y toucher. Les branches feature longues sont mes amies.
Le commit message parfait pour reprendre plus tard : "WIP: user auth flow - next: handle refresh token expiry"
Docker pour l'isolation
Tous mes environnements de dev sont dockerisés. Lancer Coachy API + Flutter app prend 30 secondes, même après 10 jours sans y toucher. Zéro friction pour basculer entre projets.
Ce qui ne fonctionne pas
Les micro-sessions : "Je vais coder 30 minutes sur Inner Gallery pendant la pause déj". Le context switching est trop coûteux. Mieux vaut attendre d'avoir 2-3h d'affilée.
La programmation stricte : "Tous les matins de 6h à 8h". L'énergie créative ne respecte pas les plannings. Quand elle est là, j'en profite. Quand elle n'y est pas, je force l'exécution.
Les deadlines perso : "Je lance la v2 d'Inner Gallery le 31 décembre". Avec une mission fulltime, c'est impossible à tenir. Je préfère des objectifs de progression que des échéances fixes.
L'aspect financier
Parlons argent. Les missions freelance financent le développement produits. Ça représente 100% de mes revenus actuellement — Inner Gallery et Coachy sont encore en pré-lancement. L'investissement en temps est réel, mais c'est le plan.
Cette asymétrie est assumée et temporaire. Chaque euros gagné en freelance qui n'est pas nécessaire pour vivre va dans un "fonds produits" : serveurs, outils, éventuellement du marketing payant.
L'objectif : inverser le ratio d'ici 2-3 ans. Mais sans brûler les ponts avec les clients freelance, qui restent un filet de sécurité précieux.
Mes erreurs et apprentissages
Erreur #1 : Vouloir optimiser chaque heure. J'ai passé plus de temps à organiser mon planning qu'à coder.
Erreur #2 : Culpabiliser pendant les temps "improductifs". Du sport en extérieur le dimanche après-midi, c'est de la récupération nécessaire.
Erreur #3 : Promettre des délais trop serrés aux clients pour garder du temps perso. Ça se retourne toujours contre toi.
Apprentissage clé : La cohérence bat l'intensité. Mieux vaut 1h par jour pendant un mois que 15h pendant un week-end puis rien pendant trois semaines.
Conseils pratiques pour commencer
Si tu es dans une situation similaire, voici par où commencer :
- Track ton énergie pendant une semaine. Note à quel moment tu es le plus créatif, le plus productif, le plus social.
- Commence petit : une feature par semaine pour ton produit, pas une app complète.
- Automatise ton setup : Docker, scripts, aliases. Tout ce qui réduit la friction pour basculer entre projets.
- Communique avec tes clients : explique que tu as des projets perso. Les bons clients respectent ça.
- Garde un buffer financier : 2-3 mois de charges, pour pouvoir refuser une mission toxique sans stress.
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Le développement de produits à côté d'une activité freelance n'est ni un sprint ni un marathon. C'est plutôt une randonnée en montagne : ça monte, ça descend, parfois tu fais une pause, mais tu continues d'avancer.
L'important c'est de trouver ton rythme et de t'y tenir. Pas celui des autres, pas celui des livres de productivité, mais le tien.