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Pourquoi j'ai arrêté les sites vitrines

J'ai fait des sites web pendant des années avant de tout arrêter. Framer, Webflow, sur-mesure : le vrai problème c'était le marché.

TL;DR

Je fais du développement web depuis mes 13 ans. Les sites vitrines, c'était mon premier réflexe quand j'ai voulu me lancer à mon compte. Après plusieurs années et une dizaine de clients, j'ai arrêté. Voici pourquoi.

Les sites web, c'est par là que tout a commencé

J'ai codé mon premier site à 13 ans. Du HTML statique, puis du dynamique. Pendant mes études en alternance, quand j'ai voulu monter une activité à côté, les sites web c'était le choix évident — c'est ce que je savais faire depuis le début.

Des amis qui lançaient leurs activités me demandaient de leur faire un site. Le bouche-à-oreille a fait le reste. Une esthéticienne recommandait à une autre, un artisan à un collègue. Sans vraiment prospecter, j'avais des projets qui rentraient.

J'utilisais Framer, Webflow ou du développement from scratch selon le besoin et le budget. Des outils que j'apprécie sincèrement — le résultat était toujours propre.

Le vrai problème : le pricing

Je facturais mes sites moins de 1 000€. Pour le travail fourni — design, développement, contenu, hébergement, allers-retours — c'était ridicule. La vraie valeur d'un site bien conçu, c'est 5 000 à 10 000€. Mais mes clients n'étaient pas sur ce segment.

Quand tes prospects sont des indépendants et petites entreprises qui comparent avec Wix à 15€/mois ou des freelances sur Fiverr à 500€, tu te retrouves à justifier ton prix au lieu de travailler.

Les phrases classiques :

  • "Mon neveu peut me faire ça gratuitement"
  • "C'est juste 5 pages, ça va vite non ?"
  • "J'ai vu que ça coûte 500€ sur Fiverr, tu peux t'aligner ?"

Je ne vendais pas de templates, je faisais du sur-mesure. Difficile de faire comprendre la différence à quelqu'un qui n'a jamais vu une ligne de code.

Le problème n'était pas les outils ni la qualité du travail. C'était la cible. Des clients qui ont besoin d'un site mais qui n'ont pas le budget pour un vrai investissement digital.

Le piège Webflow (et des SaaS en général)

J'adorais Webflow. L'outil est excellent. Mais pour une activité qui gère plusieurs projets clients, le pricing devient un cauchemar.

Webflow a changé sa politique tarifaire en ajoutant des contraintes sur le nombre de projets non déployés. J'avais des projets en draft, des templates, des tests — et du jour au lendemain, j'ai dû prendre un forfait qui m'a coûté +800€/an de plus.

C'est le problème de fond des SaaS : ils créent un excellent produit, te rendent dépendant, puis augmentent les prix quand tu ne peux plus partir. Webflow et Framer ne sont pas les seuls — c'est un pattern récurrent dans l'industrie.

Pour un site personnel, leur pricing est correct. Pour une activité qui gère 10+ projets, ça devient un poste de coût majeur qui grignote des marges déjà faibles.

Ce qui m'a vraiment fait décrocher

Au-delà du pricing, c'est un malaise plus profond qui s'est installé.

Je suis développeur depuis plus de 15 ans. Je conçois des produits complets — apps mobiles, backends scalables, intégration IA — avec une vraie vision produit. Identifier un problème, structurer une solution, la développer et la lancer. Me résumer à "celui qui fait des sites" contrastait trop avec ce que je sais réellement faire.

J'ai essayé de diversifier : ads, contenu LinkedIn, page pro, blog. Sans résultat concret. Je n'arrivais pas à vendre ce positionnement parce qu'au fond, je n'y croyais pas moi-même.

Les sites vitrines sont une commodité. Le marché récompense celui qui les fait le moins cher. Et moi, je voulais être reconnu pour mes compétences.

Le pivot

Quand j'ai créé Jungle Labs mi-2023, je me suis d'abord positionné comme agence web — c'était ce que je connaissais. Fin 2024, j'ai fait le pivot vers studio de développement et produits proprio.

Avant : des sites à moins de 1 000€ pour des clients qui ne comprenaient pas la valeur technique.

Maintenant : Inner Gallery (app iOS privacy-first), Coachy (tracking musculation avec IA), et des missions techniques haut de gamme en freelance.

La différence ? Chaque jour j'apprends quelque chose. Sécurité et chiffrement pour Inner Gallery, Event Sourcing et IA pour Coachy. Des problèmes qui me stimulent.

Ce que j'en retiens

Les sites vitrines ne sont pas morts. Des agences spécialisées Shopify ou des studios Webflow premium s'en sortent très bien — mais avec des budgets >10k€ et des clients B2B matures.

Le bouche-à-oreille a ses limites. C'est un excellent canal pour démarrer, mais il attire un profil de client homogène. Si ton réseau n'est pas dans le segment premium, tu restes coincé en bas du marché.

Les outils ne font pas le business. Framer et Webflow sont excellents. Le problème n'a jamais été technique — c'était le modèle économique.

Se positionner sur ce qu'on sait faire ≠ se positionner sur ce qui se vend. Les sites web c'était ma première compétence, mais ça ne voulait pas dire que c'était le bon business.

Si tu débutes en freelance et que les sites vitrines sont ton premier réflexe : fais-le, c'est formateur. Mais garde les yeux ouverts sur les marges réelles et le type de clients que tu attires. Si tu sens que tu vaux plus que ce que le marché te paye, c'est probablement le signe qu'il faut changer de marché.

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